La réalité augmentée, du son plein les lunettes

L’arrivée annoncée de lunettes de réalité augmentée chez Apple va-t-elle démocratiser ce produit ? Après le faux départ des Google Glass la réalité augmentée végète avec les Hololens de Microsoft. Mais on connait la capacité d’Apple à populariser la technologie en cassant les silos. Ils l’ont déjà fait avec succès entre baladeur et téléphone portable.

Le moment de la réalité augmentée est arrivé, plusieurs facteurs convergent :

  • L’impasse dans laquelle se trouve le design des smartphones
  • La baisse des ventes qui en découle logiquement
  • Les assistants vocaux sont déjà fonctionnels avec les écouteurs bluetooth
  • La puissance de calcul / connexion internet disponible
  • Les Bose Frames démontrent que le son se miniaturise bien dans des lunettes
  • Les fonctionnalités de Réalité Augmentée fleurissent sur les smartphones, des lunettes sont mieux à même de les supporter
Le son des écouteurs aux lunettes de réalité augmentée
Le son des écouteurs aux lunettes

Nous allons donc vers des lunettes de RA avec du son. Mais il y a un écueil. Des lunettes de vue occupent déjà le nez de beaucoup de personnes. En France par exemple, 7 adultes sur 10 portent des lunettes de vue. Il faut pouvoir monter des verres correcteurs sur les montures des lunettes RA, ou se limiter à 30% du marché.

Avec Apple qui s’y colle, on peut imaginer ce qui va se passer. Historiquement chez le fabricant, la première version d’un produit (iPhone, Ipad, Watch) est souvent insuffisamment dotée. Ce n’est pas nécéssaire d’en faire trop, après tout cela permet d’accroitre la marge. Et quoi que la marque propose, les early adopters l’achètent en nombre. Second bénéfice pour la Apple, la deuxième génération du produit apparait irrésistible, par contraste, lorsqu’elle arrive sur le marché.

L’interface est dans l’oreille

Les fabricants de high tech multiplient les sorties d’écouteurs sans fils. Il faut dire que le succès des AirPods a de quoi aiguiser les appétits. Selon le cabinet IDC Apple aurait écoulé près de 16 millions de pièces (AirPods + Beats). Asos commercialise même des bijoux d’oreille inspirés du design des écouteurs d’Apple. C’est la consécration pour un type de produit (les écouteurs) dont on attendait peu d’innovation jusqu’ici.

La prochaine version (AirPods 3) est annoncée chez La Pomme. Surtout, on utilise désormais plus fréquemment le terme écouteurs intelligents : le prolongement logique du smartphone et des smart speakers en somme.

Piste de design des AirPods 3

Comme l’enceinte intelligente, l’écouteur intelligent est une interface qui permet d’accéder à son assistant vocal : Siri, Google Assistant ou Alexa. Ce faisant, il ouvre la voix (si je puis dire) à de nombreuses fonctionnalités déjà controlées par les assistants : question / réponse, guidage, coaching, jeux, prise de note, traduction automatique, gestion des messages

A ce stade, il est intéressant de (re)regarder le film Her. On y voit Joaquin Phoenix interagir continuellement avec son assistante vocale via une oreillette. Pour les besoins de l’intrigue, l’intelligence de l’assistante est infiniment plus développée que les agents dont nous disposons aujourd’hui. Mais il y a beaucoup à prendre dans le travail d’anticipation effectué pour ce film. Les gestes que le personnage fait, le réflexe d’enfiler son oreillette à la moindre question, la manière dont il commande son assistante, les actions qu’il lui fait réaliser, le coté ubiquitaire de l’expérience… L’ensemble est très cohérent.

Au final, Her offre une vision possible (probable?) des modes d’interaction que nous allons developper avec nos assistants vocaux via ces écouteurs.

L’accès permanent aux produits change le commerce

Sur Internet, l’exposition permanente aux produits et aux infos dans des contextes non maitrisés fait exploser les comportements d’achat.

Dans le cas du modèle traditionnel de distribution, la publicité crée l’envie et fait venir le client en magasin. Se déplacer est le seul moyen d’avoir accès au produit, mais c’est aussi un premier pas qui engage le client vers l’acte d’achat. Une fois sur place, il lui est difficile de repartir les mains vides sans éprouver un sentiment de frustration, une sensation de temps perdu. La décision d’achat est prise dans le contexte du magasin avec l’incitation d’un environnement commercial guidé et la pression du temps.

Dans le cas du e-commerce, il n’est plus nécéssaire pour le consommateur de se déplacer en magasin pour découvrir des articles. Il a accès aux produits 24h/ 24. Et il dispose d’une masse inépuisable d’information sur les produits en question : tests, vidéo, photos, fiches produit, avis client, commentaires sur des réseaux sociaux… Si on ajoute que le consommateur peut être (re)ciblé en fonction des produits qu’il a précédemment consultés. On passe d’une situation de privation à une situation de saturation.

Plusieurs différences notables entre ces deux cas.

  • La décision d’achat a une grande probabilité d’être prise ailleurs qu’en magasin : à domicile, au travail, dans un restaurant, à la plage, dans les transports, devant l’école des enfants… sous l’influence de contextes variés
  • La pression du temps qui s’exerce en magasin (“Décide-toi, on ne va pas y passer la journée”) ne joue pas
  • Le volume de contacts avec le produit désiré peut conduire à une saturation et une lassitude du produit en question avant même de l’avoir acheté
  • Sur le web, le consommateur peut être exposé à des messages qui déconseillent l’achat du produit qu’il envisage d’acquérir. Contrairement au magasin, Internet peut aussi le dissuader de réaliser un achat
  • Etre exposé 24h/ 24 aux produits ouvre la porte à des achats d’impulsion
  • Avoir accès à plus d’information facilite les achats réfléchis, les comparaisons de produits ou de prix

Ces deux derniers points contradictoires sont révélateurs du fait que l’influence d’Internet sur les consommateurs n’est pas uniforme. A la différence des magasins qui encadrent ponctuellement les clients dans des parcours d’achats guidés, Internet génère continuellement de multiples comportements d’achat. Sur le web les cheminements sont peu linéaires, fréquemment interrompus et soumis à des influences contradictoires. Le tout alimenté par un accès 24h/24 aux infos produit. Cela conduit à une fragmentation élevée des comportements d’achat et des déclencheurs/ freins potentiels (prix, délai de livraison, endorsement par un influencer, avis client, essai, visuel produit, politique de retour, obsolescence…)

On est loin des parcours tracés en supermarché ou dans les magasins Ikéa.

from Stories by Renaud Joly on Medium http://bit.ly/2KCZ7vK