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Tournoi des 6 nations, Irlande – Italie

Le match vu par l’Irlande… et par l’Italie

Le match vu par l’Irlande

À Dublin, ce 14 février 2026, l’Irlande accueillait l’Italie pour la 2e journée du Tournoi, avec l’Aviva en mode “on veut se racheter” et un petit goût d’urgence après le revers précédent. En face, les Azzurri débarquaient gonflés comme une cocotte après leur bonne dynamique récente, et ça se sentait dans les épaules à l’échauffement. Bonus du décor : Hollie Davidson au sifflet, événement marquant dans le Tournoi.  

Dans la presse irlandaise, le début de match ressemble à un plan parfait… mais écrit au crayon de papier. L’Irlande met de la pression, gratte du territoire, et Jamie Osborne finit par aplatir (Italie réduite à 14 sur l’action) : sur le papier, c’est le début de la balade.  Sauf que derrière, les Irlandais se mettent à jouer avec des mains savonnées : en-avants, imprécisions, et une discipline qui distribue des biscottes comme à la boulangerie du coin. À la pause, le sentiment qui remonte dans les comptes rendus, c’est surtout “on a eu chaud” : 5-10, et franchement, pas immérité.  

Ce qui fait grincer les dents côté vert, c’est la façon dont l’Italie a installé sa bagarre : mêlée solide, maul qui avance à l’ancienne, et Nicotera qui conclut après une séquence en touche-maul pendant que Casey avait laissé les siens à 14 (jaune). Là, l’Irlande n’est pas “dominatrice”, elle est au charbon, la tête dans le seau, à essayer de ne pas se faire tordre.  

Et puis vient le moment que les analyses irlandaises résument souvent par “merci le banc”. Dès la reprise, Conan égalise, et d’un coup la machine respire.  Les entrants apportent du tempo (Gibson-Park, Crowley), et ça change la tronche des rucks : plus vite, plus propre, moins de ballons rendus gratuitement.  L’essai décisif, c’est Baloucoune, servi sur une combinaison qui sent le “basket-pass” et la défense italienne prise de vitesse : là, l’Irlande arrête de botter en touche… et va enfin au bout de ses idées.  

Le gros soulagement, dans les papiers, vient aussi d’un tournant bien précis : une action italienne potentiellement gagnante/relanceuse annulée (essai refusé), qui coupe l’élan des Azzurri et évite à l’Aviva de se transformer en boîte à gifles pour les locaux.  La fin, elle, est racontée comme un siège : l’Italie revient, gratte une dernière munition, et l’Irlande serre les boulons — interception de Lowe, gestion au pied, et Crowley qui passe les points qui calment.  

Dans les réactions, le ton irlandais est assez clair : victoire, oui, mais pas champagne. Farrell parle d’un match plein d’erreurs mais où le “courage” et le “caractère” ont compté, ce qui est une manière polie de dire : “on a survécu, mais on doit arrêter de se compliquer la vie.”  

Le match vu par l’Italie

Côté italien, la lecture est presque l’inverse : pas “on a mal joué”, plutôt “on a enfin joué comme des grands”. La presse transalpine insiste sur l’heure (ou presque) pendant laquelle l’Italie met l’Irlande dans le mauvais sens, l’empêche d’installer son rythme, et la force à vivre dans le désordre. “Italia meravigliosa per un’ora”, dit l’idée générale : ça domine en mêlée, ça avance en ballon porté, et ça tient le choc dans les zones de combat sans reculer en marche arrière.  

Le scénario, raconté à l’italienne, c’est celui d’une opportunité rare : mener 10-5 à l’Aviva, avec une mêlée qui fait plier et un maul conclu par Nicotera, plus Garbisi qui transforme “complètement à gauche” comme s’il posait une pizza dans le coin du four.  La sensation, dans plusieurs papiers, c’est que l’Italie a trouvé une clé simple : gagner la conquête (ou au moins la rendre stable et agressive), puis mettre l’Irlande dans des séquences longues où elle finit par faire la faute ou rendre la balle.  

Là où l’Italie “se mange les mains”, c’est au moment où l’Irlande remet du gaz avec son banc. Les articles italiens pointent ce basculement : quand Gibson-Park et Crowley accélèrent, les sorties de camp deviennent plus dures à contenir, et chaque ruck ressemble davantage à une bataille perdue d’une demi-seconde.  Quesada parle d’occasions manquées, d’une meta annullata qui pèse lourd dans la balance, et d’un match où l’Italie a été compétitive “pour de vrai”, mais sans la récompense totale.  

Les citations qui ressortent le plus côté Azzurro ont ce mélange d’amertume et de fierté : Lamaro dit clairement qu’il y a “amarezza” vu l’effort et parce que l’Italie sentait qu’elle pouvait aller chercher l’ultime action gagnante, et que les outils étaient là pour faire tomber Dublin (ou au moins repartir avec plus).  Et quand Federugby résume, on retrouve la même musique : l’Italie joue à armes égales, prend un bonus défensif, et confirme qu’elle n’est plus là pour servir de sparring-partner.  

Au final, même défaite, deux émotions : l’Irlande raconte une victoire arrachée au forceps, sauvée par ses finisseurs et un sursaut d’orgueil ; l’Italie raconte une occasion de prestige, un match qui prouve qu’elle peut mettre une grosse nation dans le dur, mais où il a manqué un dernier détail — un ballon mieux négocié, une action qui va au bout, un rien de réalisme — pour transformer la belle bagarre en casse du siècle.  


Match

  • Score final : Irlande 20 – 13 Italie  
  • Date : 14 février 2026  
  • Stade / ville : Aviva Stadium, Dublin  
  • Compétition : Tournoi des Six Nations 2026