Le match vu par la France… et par le Pays de Galles
Le match vu par la France
Le dernier duel officiel, toutes compétitions confondues, c’est celui du dimanche 15 février 2026, au Principality Stadium de Cardiff, 2e journée du Tournoi des Six Nations : une virée annoncée piégeuse dans le folklore… et qui s’est transformée en démonstration.
Dans la presse française, le contexte est assez clair : France lancée plein régime, ambition assumée de rester sur une trajectoire “Grand Chelem”, et une impression de profondeur d’effectif qui donne le sourire à Galthié. Dupont le dit sans fanfare : gagner tous les matches, “c’est ce pour quoi on se prépare”, mais “jusqu’à la dernière journée”, rien n’est plié.
Et puis le match démarre comme une bande-annonce où on te spoile la fin dès la 2e minute : Dupont sort une chistera dans le fermé, ça file, ça réaccélère, et Gailleton aplatit. L’angle “Bleus” insiste sur ce tempo : rythme soutenu, courses tranchantes, et cette sensation que chaque ballon porté est un prétexte pour libérer vite au large.
La séquence suivante devient un running gag : Jalibert voit l’espace, allonge au pied pour Bielle-Biarrey, et le pays de Galles comprend que l’après-midi va se jouer en mode cocotte-minute.
Le récit français met aussi en avant le “triangle arrière + deuxième receveur” : Ramos en chef de gare au fond du terrain, Jalibert qui se balade sur les deuxièmes ballons, et Dupont qui distribue des caviars… parfois au pied. L’Équipe résume l’idée : Jalibert a dicté le jeu offensif, Dupont a multiplié les coups d’éclat.
Et pour l’illustrer, il y a ce moment “trop facile” : Brau-Boirie, bizuth du jour, vient marquer tôt — symbole d’un XV de France qui avance même quand il bricole.
Sur les phases de jeu, la presse tricolore retient surtout deux choses. D’abord, la conquête et les rucks : Marchand gratte, les avants font gagner de l’épaisseur au système, et derrière ça recycle propre. Dupont souligne justement que “nos avants… sont utiles au système” et que la défense offre des turnovers bien exploités.
Ensuite, le jeu au pied “intelligent” : pas du kick-panique, plutôt des coups au bon endroit pour déclencher la course et transformer le match en boîte à gifles territoriale.
Même quand un essai d’Attissogbe est refusé à la vidéo, le ton côté français n’est pas “on a eu chaud”, c’est “on a raté des occasions”. Six Nations rapporte même un Galthié exigeant à la pause, un brin échaudé par des ballons perdus, avec ce message : “On doit travailler plus fort en milieu de terrain.”
Et c’est là que la lecture française est presque “cruelle” : le pays de Galles marque (Carré), mais les Bleus remettent un coup de pression, sécurisent le bonus, puis déroulent encore, jusqu’au record de points.
Dans les papiers, les hommes du match se détachent sans débat : Jalibert en chef d’orchestre, Bielle-Biarrey et Attissogbe en feux follets, et une jeunesse qui s’invite sans trembler. The Guardian parle d’un France “imperious”, portée par des jeunes et des remplaçants au niveau.
Et pour le petit détail qui pique : Dupont raconte qu’à la fin, en entendant la Marseillaise sous le toit, “on se sentait comme au Stade de France”. En France, c’est présenté comme un hommage à la marée bleue… et, en creux, comme un symptôme d’un Cardiff qui n’a pas fait peur longtemps.
Le match vu par le Pays de Galles
Côté gallois (et, plus largement, côté presse britannique), c’est le match d’un contraste brutal : un grand stade, une grande histoire… et une équipe qui subit la marée sans bouée. Reuters insiste sur la dimension “records” et sur la crise : 54 points encaissés, défense en vrac (31 plaquages manqués, 68% de réussite), et un stade clairsemé avec une affluence officiellement basse pour un Six Nations à Cardiff.
Le Telegraph, lui, ne cherche même pas la métaphore : c’est une nouvelle humiliation, un chapitre de plus dans la “rancid ignominy”.
La lecture galloise du scénario, c’est souvent : “on a essayé d’exister… mais on a été puni à chaque erreur.” Le tout premier essai concédé très tôt installe ce sentiment de match qui part en vrille avant même d’avoir commencé, puis le jeu au pied français et la vitesse de transmission transforment chaque montée défensive en sprint de retardataires.
Et quand le pays de Galles trouve enfin une fenêtre — l’essai de Carré — la presse galloise/britannique le décrit comme un sursaut plus qu’un renversement : un moment où les Dragons remettent un peu de braise… avant de se faire arroser.
Le point intéressant, c’est que certains comptes rendus reconnaissent quand même des “mieux” : moins de pénalités, une conquête parfois plus solide que la semaine précédente, quelques séquences ballon en main où ça ne refuse pas le jeu. The Guardian note d’ailleurs que le pays de Galles a eu des petites améliorations (discipline, set-piece), mais que l’écart de niveau a été énorme.
Et le capitaine Dewi Lake, cité dans plusieurs reprises, va dans le même sens : “On était beaucoup mieux que la semaine dernière… mais il y a encore beaucoup à travailler”, en rappelant au passage que le moral vient aussi du tableau d’affichage.
Sur les phases clés, la presse galloise met surtout l’accent sur la défense qui craque au large et sur l’incapacité à ralentir les sorties de balle françaises : dès que Jalibert a eu le temps de lever la tête, ça a piqué. RugbyPass, dans ses évaluations, souligne que quelques Gallois ont “nagé contre la marée” (Carré, Tomos Williams, Wainwright, Mann), mais l’impression globale reste celle d’une équipe obligée de défendre en reculant, puis de se précipiter… et d’offrir des ballons de relance.
Et il y a aussi le thème du “momentum impossible” : même les rares bonnes nouvelles — l’essai tardif de Grady — arrivent quand le match est déjà plié.
Dans ce cadre, le discours gallois se déplace vite de “ce match” vers “la suite” : serrer les rangs, arrêter de se mettre la tête dans le seau collectivement, et éviter que chaque dimanche ne ressemble à une séance de plaquages… sans plaquage.
Match
- Score final : Pays de Galles 12 – 54 France
- Date : 15 février 2026
- Stade / ville : Principality Stadium, Cardiff
- Compétition : Tournoi des Six Nations 2026 (2e journée)