Le match vu par le Pays de Galles…
À Cardiff, ce n’était pas “juste” un match : c’était l’occasion de prouver qu’après deux semaines à se faire trouer comme un parapluie, on pouvait enfin tenir debout. Et pendant une mi-temps, le Pays de Galles a effectivement joué avec le couteau entre les dents. ITV Wales raconte des Gallois “sortis des blocks” et surtout capables de défendre leur ligne sans se désunir — un détail qui, vu les semaines précédentes, ressemblait déjà à une révolution.
Le scénario, côté gallois, commence par des signaux très clairs : jeu direct, tempo élevé, et une vraie agressivité dans les zones de combat. Même le carton jaune précoce de Joe Hawkins n’a pas fait exploser l’édifice ; au contraire, le match bascule sur une séquence devenue symbole : pénalité jouée vite, Rhys Carré qui pilonne et finit par passer, “exactement le même” schéma que la semaine précédente selon ITV. Derrière, Sam Costelow – rappelé – met l’équipe sur de bons rails au pied et dans l’animation, et le Principality se réveille franchement sur l’essai de Josh Adams, servi dans l’espace après un gros travail de pression et d’occupation. À la pause, 17–5 : la presse galloise et les analyses “locales” parlent d’une première période “de loin la meilleure” de l’ère Tandy, avec Dewi Lake en patron et un Alex Mann infernal au grattage.
Le cœur gallois, lui, se brise surtout sur comment ça échappe. D’abord, l’Écosse revient en pilonnant au près jusqu’à ouvrir une brèche pour Finn Russell. Puis arrive la séquence que Cardiff va ruminer : restart, flottement, ballon qui traîne, et Darcy Graham qui ramasse et file à l’essai “sur une sieste collective” (ITV parle carrément d’une erreur “inexcusable” à ce niveau). Et quand le Pays de Galles croit reprendre de l’air, une pénalité en bonne position est retournée après intervention du TMO, suite à un déblayage jugé dangereux (Tomos Williams sur Rory Darge) : pour les Gallois, c’est le genre de micro-détail qui te coupe les jambes et te renvoie dans ton camp avec la bouche sèche.
La fin, enfin, a le goût amer des matches qui se gagnent “au métier” et se perdent “à la panique”. Deux fois l’Écosse va en touche, deux fois elle revient au maul ; la deuxième, le ballon porté avance comme un meuble qu’on pousse dans un couloir, et George Turner finit par s’affaler derrière la ligne : 23–26, première avance écossaise… à cinq minutes de la fin. Steve Tandy, lui, tente de sauver le positif : “step forward”, amélioration défensive nette après les 102 points encaissés sur les deux premiers matches, mais énorme frustration de ne pas récompenser ce gros premier acte. Et l’addition tombe aussi en infirmerie : Costelow sort touché à la jambe, et d’autres cadres finissent amochés — de quoi ajouter de l’inquiétude à la déception.
…et le match vu par l’Écosse
Côté écossais, la lecture est beaucoup moins romantique : c’est une victoire, oui, mais gagnée à l’arrache après avoir passé 50 minutes à jouer avec des casseroles aux mains. RugbyPass parle d’une équipe qui a “butchered enough chances to lose twice” et d’un cirque en touche par séquences, avant de remettre les idées dans l’ordre. L’impression dominante dans les papiers écossais, c’est : on a survécu à un très mauvais début, puis on a fini par imposer ce qu’on voulait imposer.
Le déclic, dans la presse et les rapports officiels, porte un nom : Finn Russell. Le Guardian raconte une remontée “orchestrée” par l’ouvreur, avec un essai et une influence qui monte au fur et à mesure que les Écossais gagnent les collisions et accélèrent les sorties de ruck. L’Associated Press rapporte même Townsend expliquant que l’essai de Graham vient d’un geste de lucidité de Russell au restart, “seeing that space”, et d’un ailier “alive to it” – traduction : eux n’ont pas cligné des yeux.
Sur les phases de jeu, la version écossaise est très “pragmatique” : on accepte d’être mené, on insiste, on passe par le paquet quand il faut calmer le jeu, et on finit au ballon porté pour planter le couteau. Le compte-rendu de Scottish Rugby insiste justement sur cette capacité à retourner un déficit de 12 points et à garder la tête froide quand ça chauffe. The Offside Line, lui, appuie sur la solidité mentale et le sang-froid dans le money-time : touche, maul, Turner au bout, et terminé.
Individuellement, l’Écosse se raconte comme une histoire de finisseurs et de leaders. Turner, évidemment, pour l’essai décisif et le bonus. Darcy Graham, pour ce coup de poignard qui relance tout et pour la symbolique (son essai le met à hauteur du record de Duhan van der Merwe comme meilleur marqueur écossais, selon Reuters). Et Sione Tuipulotu, capitaine, qui résume l’état d’esprit : pas joli-joli, mais assez solide pour “trouver un moyen de gagner”.
Au final, là où le Pays de Galles voit un match qui lui échappe au pire moment (restart raté, pénalité retournée, dernier maul), l’Écosse y voit une preuve de maturité : même menée, même brouillonne, elle a su renverser l’inertie et repartir de Cardiff avec 5 points et la tête du Tournoi après trois journées.
Match
- Score final : Pays de Galles 23 – 26 Écosse
- Date : 21 février 2026
- Stade / ville : Principality Stadium, Cardiff
- Compétition : Tournoi des 6 Nations 2026