Le match vu par le Pays de Galles… et par l’Italie
Le match vu par le Pays de Galles
À Cardiff, ce 14 mars 2026, le rugby gallois avait l’air d’un vieux dragon un peu cabossé qui cherchait encore à rallumer la braise. Avant d’affronter l’Italie lors de la dernière journée du Tournoi des Six Nations, la sélection sortait d’une série noire de quinze défaites dans la compétition. Dans la presse galloise, l’ambiance oscillait entre inquiétude chronique et espoir discret : battre l’Italie devenait presque une affaire de survie morale. Le Principality Stadium, plein à craquer, était prêt à pousser derrière les siens comme un pack qui s’apprête à mettre l’épaule dans la mêlée.
Et dès le coup d’envoi, les Gallois ont décidé de rentrer dans la rencontre comme dans un ruck mal rangé : tête la première et sans délicatesse. La presse britannique souligne une première mi-temps dominée par la puissance des avants. Aaron Wainwright, particulièrement inspiré, a planté deux essais en force, profitant d’un travail de sape constant autour des zones de combat. Dewi Lake, capitaine du jour, a lui aussi franchi la ligne après une séquence collective bien huilée, symbole d’un pack gallois enfin décidé à remettre les pendules à l’heure.
Dans les analyses galloises, la conquête est décrite comme la clé du match : mêlées solides, touches propres et rucks gagnés avec gourmandise. Bref, les Dragons ont fait parler la poudre devant. Les médias saluent également la prestation de Dan Edwards à l’ouverture. Le jeune demi d’ouverture, présenté par certains tabloïds comme le “Prince of Wales”, a empilé les points : un essai, un drop longue distance et une précision clinique face aux perches. Une prestation qui a donné au jeu gallois une fluidité que l’on n’avait plus vue depuis longtemps.
À la 47e minute, le tableau d’affichage indiquait 31-0. Dans les tribunes comme dans les colonnes des journaux du lendemain, on parlait d’une équipe qui avait enfin cessé de jouer à reculons pour avancer comme un troisième ligne lancé dans un couloir. Le public chantait, et même le prince William s’était joint à l’hymne gallois avant le match, ce qui n’a rien gâché à l’ambiance.
Bien sûr, la fin de match a laissé une légère grimace. Les Gallois ont levé le pied, l’Italie a marqué trois essais, et certains commentateurs ont souligné que la défense avait fini par se déliter comme une mêlée mal liée. Mais l’essentiel était ailleurs. Dans la presse locale, on parlait surtout d’un groupe jeune qui avait retrouvé un peu d’orgueil et remis la machine en marche. Comme l’a résumé Aaron Wainwright après le match : l’équipe “avait besoin de ce moment pour se rappeler ce qu’elle pouvait être”.
Le dragon n’est peut-être pas redevenu flamboyant, mais il a au moins arrêté de cracher de la fumée.
Le match vu par l’Italie
Côté italien, le déplacement à Cardiff avait un parfum très différent. La Nazionale arrivait avec un moral gonflé comme un ballon neuf. Après avoir battu l’Angleterre et l’Écosse plus tôt dans le tournoi, les hommes de Gonzalo Quesada pouvaient rêver d’un troisième succès historique dans la même édition. Dans la presse italienne, on parlait d’une équipe en pleine renaissance, prête à jouer les trouble-fêtes dans un Principality Stadium souvent hostile.
Mais dès les premières minutes, la rencontre a pris une tournure qui a fait grincer quelques dents de l’autre côté des Alpes. Les journaux italiens décrivent une entame “molle”, presque surprise par l’intensité galloise. Dans les zones de collision, les Azzurri ont reculé comme un pack pris dans un maul mal contrôlé. Les Gallois gagnaient les rucks, grignotaient des mètres, et chaque séquence semblait repousser l’Italie un peu plus loin dans son camp.
Les analyses italiennes pointent surtout deux failles : la discipline et la défense autour du premier rideau. Les plaquages manqués ont ouvert des brèches, et les soutiens gallois ont nettoyé les rucks avec l’efficacité d’une équipe qui avait décidé de remettre les pendules à l’heure devant son public.
Le score de 31-0 a longtemps ressemblé à une punition sévère. Dans les commentaires d’après-match, le sélectionneur Gonzalo Quesada a reconnu que les Gallois avaient affiché “un avantage mental et physique” pendant près d’une heure.
Mais la presse italienne retient aussi la réaction d’orgueil. À partir de l’heure de jeu, les Azzurri ont enfin remis les mains dans le cambouis. Tommaso di Bartolomeo, Tommaso Allan puis Paolo Garbisi ont marqué trois essais, profitant d’un relâchement gallois. Le ballon circulait mieux, les courses devenaient plus tranchantes, et l’Italie retrouvait un peu de ce jeu vif qui avait fait tomber l’Angleterre quelques semaines plus tôt.
Certains journaux italiens ont résumé la rencontre avec une formule assez juste : une heure passée à subir, puis vingt minutes pour montrer ce que cette équipe peut devenir. Le capitaine Michele Lamaro l’a reconnu lui-même après la rencontre : la déception vient surtout du sentiment d’avoir laissé passer une occasion de signer la meilleure campagne italienne dans le Tournoi.
Au final, pour l’Italie, ce match ressemble à une leçon. Une équipe qui progresse, mais qui doit encore apprendre à entrer dans les matchs comme on entre dans un ruck : bas, solide et prêt à ferrailler.
Match
- Score : Pays de Galles 31 – 17 Italie
- Date : 14 mars 2026
- Stade : Principality Stadium, Cardiff
- Compétition : Tournoi des Six Nations 2026