Le match vu par France
À Villeneuve-d’Ascq, sous le toit fermé du Stade Pierre-Mauroy, la France avait un objectif simple : rester plein gaz dans ce Tournoi 2026 et garder le Grand Chelem dans le viseur. Dans la presse française, le décor est posé comme une soirée “mission accomplie”, mais avec ce petit arrière-goût de match gagné “sans peine ni éclat” : L’Équipe résume des Bleus “énergiques puis brouillons”, capables de planter trois essais en moins d’une demi-heure… puis de se mettre à jouer avec le frein à main.
Le récit côté bleu commence par une entame très “on a appuyé sur le champignon”. Le premier essai est raconté comme un coup de billard : ballon cafouillé dans un duel aérien, Dupont qui sent le coup, un petit jeu au pied derrière, et Bielle-Biarrey qui finit en TGV pour marquer dès la 4e. Derrière, ça enchaîne : Meafou à l’issue d’une séquence où Ramos (repositionné à l’ouverture après le forfait de dernière minute de Jalibert) donne de la largeur et du rythme, puis un essai de Ramos lui-même après une touche italienne ratée et un contre assassin. Dans les papiers français, l’idée revient souvent : les Bleus n’ont pas eu besoin d’empiler 25 temps de jeu, ils ont surtout puni la moindre balle qui traînait, façon “merci pour le cadeau, on l’emballe et on marque”.
Mais ensuite, la presse française insiste sur le ventre mou : une grosse quarantaine de minutes où l’Italie gratte, conteste, colle au ballon au sol, et où la France se crispe un peu — Galthié parle d’un match “difficile… très fermé”, avec des Bleus mis “en difficulté sur (leurs) possessions” et sur les “duels aériens”, avant de “renverser” l’Italie pour aller chercher le bonus à la fin. Le ressenti “vu de France”, c’est donc un bras de fer remporté : défense solide, Meafou-Flament qui mettent la cabane sur le chien au milieu, et un réalisme qui compense les scories.
Les tournants, côté français, sont racontés avec un marqueur clair : le bonus offensif est allé se chercher quand l’Italie a fini par se retrouver en infériorité (jaune à Lynagh vers la 70e). À partir de là, les essais de Dréan (pour sa première sélection) puis de Gailleton sont présentés comme la récompense d’une domination plus “collective” sur la fin, après beaucoup d’occasions gâchées. Bref, dans les colonnes françaises : un match pas le plus léché, mais une équipe qui sait aussi gagner moche… et qui garde le tableau de chasse bien rempli (33-8, bonus, trois sur trois).
Le match vu par Italie
Côté italien, le même 33-8 est souvent raconté comme un score “trop sévère” au regard de ce que les Azzurri ont mis dans le combat pendant une bonne heure. La Gazzetta parle d’un match “equilibrato per lunghissimi tratti”, mais où la différence tient à une phrase cruelle : “gli azzurri se le mangiano, i Bleus le trasformano” — eux vendangent, la France encaisse en essais. Le Corriere, lui, décrit une Italie “competitive” et “disposta alla lotta”, mais incapable de transformer ses temps forts en points, avec une deuxième période plus compliquée, notamment en conquête et en remise en jeu.
Le récit italien s’accroche beaucoup à ce moment-charnière : à la pause, l’Italie est revenue (essai de Capuozzo, et Garbisi qui ajoute trois points), et l’idée circule que le match était “jouable” si certaines séquences avaient mieux tourné. Sauf que, dans les analyses transalpines, il y a deux cailloux dans la chaussure : trop d’erreurs (mains, choix, détails) et une touche qui finit par se dérégler au pire moment — exactement ce que Lamaro pointe en conférence : de “bonnes situations” où l’Italie a montré être au niveau, puis des fautes “colte… in maniera molto vorace” par la France, et un deuxième acte “non… molto precisi in touche”.
Quesada, lui, met presque un tampon officiel sur la frustration : “Al settantesimo eravamo 19-8” et, selon lui, l’équipe a défendu “molto bene”, y compris sur les ballons au sol — au point qu’il dit avoir parlé avec Galthié, “sorpreso” de l’attitude italienne. Et il ajoute la phrase qui résume la lecture italienne : “il risultato non rispecchia molto ciò che abbiamo fatto”. Autrement dit : on a tenu le bras de fer, on a même mis la tête dans les rucks, mais on a laissé trop de miettes… et face à la France, les miettes deviennent des essais.
Enfin, la fin de match est vécue comme la double peine : un carton jaune (Lynagh) et une dernière ligne droite où l’Italie cède, ce qui donne l’impression d’un score qui s’emballe alors que le contenu restait accroché. Même quand la presse italienne concède que la France est “troppa Francia”, elle garde cette idée de leçon : contre les Bleus, tu peux être vaillant 70 minutes, mais si tu joues à cache-cache avec la précision (touche, ballons propres, finitions), tu finis par prendre l’orage sans parapluie.
Match
- Score final : France 33 – 8 Italie
- Date : dimanche 22 février 2026
- Stade / ville : Stade Pierre-Mauroy (Villeneuve-d’Ascq / Lille)
- Compétition : Tournoi des Six Nations 2026 (3e journée)