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Six Nations, le match vu par l’Angleterre… et par l’Irlande

Le match vu par l’Angleterre

Côté anglais, l’avant-match ressemblait à un grand classique de Twickenham : beaucoup d’attente, un brin de certitudes, et l’idée que “chez nous, ça va forcément tourner”. Sauf qu’en plein Tournoi des 6 Nations (3e journée), le scénario a viré au sketch en moins d’une demi-heure : 0-22, et Allianz Stadium (Twickenham) a soudain pris l’air d’un salon où quelqu’un vient de renverser le thé sur le tapis.  

La presse britannique a surtout raconté une histoire de départ raté et de gâchis. Plusieurs analyses insistent sur le paradoxe cruel : l’Angleterre a eu du ballon et du territoire tôt… mais a vendangé, entre touches qui toussent, en-avants, et occasions qui finissent en confettis. ESPN et d’autres retiennent notamment deux coups de pied de George Ford mal négociés vers la touche (dont un directement dehors), comme symbole d’une équipe qui s’auto-sabote avant même d’être étouffée.  

Sur les phases de combat, la lecture anglaise est encore plus sévère : trop de rucks perdus, des collisions subies, et une défense régulièrement coupée en deux par le duo de chefs d’orchestre irlandais. Sky Sports parle d’une défense “leaky” et d’un match où l’Irlande a dominé la zone de turnover, pendant que l’Angleterre accumulait les fautes et perdait le fil.  L’impression générale, c’est une équipe qui se fait secouer, recule d’un pas, puis finit par reculer de trois.

Les tournants ? D’abord ce 22-0 express, alimenté par des erreurs anglaises et une Irlande clinique. Ensuite, même quand l’Angleterre a enfin mis un essai (Fraser Dingwall) juste avant la pause, l’espoir n’a pas eu le temps d’enfiler ses crampons : Dan Sheehan marque tôt en seconde période et l’Irlande remet la tête sous l’eau.  Et quand l’Angleterre tente un baroud (essais d’Ollie Lawrence puis Sam Underhill), l’Irlande répond encore, sans jamais perdre le contrôle du tempo.  

Les commentaires joueurs/cadres côté anglais sont surtout des aveux d’impuissance. Steve Borthwick parle d’un match “bitterly disappointing”, et martèle ce qui revient comme un refrain en Angleterre : ces mauvais débuts qui coûtent cher, semaine après semaine.  Maro Itoje, pour sa 100e sélection, a aussi reconnu une copie trop pauvre sur l’exécution et l’efficacité.  En résumé, la presse locale ne cherche pas midi à quatorze heures : l’Angleterre n’a pas perdu “à pas grand-chose”, elle s’est surtout compliquée la vie… puis l’Irlande l’a punie avec intérêt.  

Le match vu par l’Irlande

En Irlande, la même après-midi est racontée comme une démonstration presque jubilatoire : l’équipe d’Andy Farrell “a mis une performance pour les âges”, avec 42 points à Twickenham, record à la clé.  Le contexte compte beaucoup dans la lecture irlandaise : certains articles insistent sur l’idée d’un groupe annoncé en transition, mais qui a répondu par une prestation ultra-cohérente, pleine de maîtrise et de vice positif.  

Le récit côté irlandais, c’est celui d’un match plié par la précision : Jack Crowley qui occupe, score et guide, et Jamison Gibson-Park en maestro très pressé de rappeler à tout le monde pourquoi il est si central. Reuters et la presse irlandaise soulignent ce début supersonique (22-0 en un peu plus de 30 minutes), avec des essais qui sentent le travail répété et l’opportunisme bien élevé.  RTE, dans ses notes, met Gibson-Park très haut et parle d’une victoire “famous”, en rappelant le caractère historique du différentiel à Twickenham.  

Sur les phases de jeu, la presse irlandaise adore la variété : des ailes qui finissent (Baloucoune, O’Brien), une alternance jeu au pied / relances qui fait tourner la tête, et surtout une conquête suffisamment propre pour installer la plateforme.  Même quand l’Angleterre a essayé de remettre de la vitesse, l’Irlande s’est accrochée à ce qu’elle sait faire : défense agressive, discipline mieux tenue, et cette capacité à refroidir un stade en deux séquences bien senties. Le Guardian rapporte d’ailleurs un moment très commenté : Farrell a pointé la couverture défensive de Stuart McCloskey sur Marcus Smith comme un geste “définissant” de l’état d’esprit irlandais.  

Les individualités, côté irlandais, sont racontées comme une collection de bonnes nouvelles. Gibson-Park homme du match, Crowley solide au pied, Sheehan impactant (et buteur du “stop” au retour des vestiaires), et un paquet d’avants qui a donné le ton sans s’éparpiller.  Dan Sheehan a même résumé l’humeur ambiante en expliquant que cette perf’ était “right up there with one of the best we’ve had”.  

L’enseignement “national”, enfin, est simple : l’Irlande a ravivé sa course au Tournoi en prenant cinq points et en rappelant qu’à Twickenham, on peut venir faire la loi si on gagne la bataille des détails.  Là où l’Angleterre voit une crise d’entame et d’efficacité, l’Irlande voit une confirmation : quand le plan est clair, que le tempo est imposé et que la défense met des claques propres, le match devient une autoroute… mais dans un seul sens.  


Match

  • Score final : Angleterre 21 – 42 Irlande  
  • Date : 21 février 2026  
  • Stade / ville : Allianz Stadium (Twickenham), Londres  
  • Compétition : Tournoi des 6 Nations 2026 (3e journée)