Le match vu par l’Écosse… et par l’Angleterre
Le match vu par l’Écosse
À Murrayfield, le 14 février 2026, l’Écosse avait un truc à prouver et, visiblement, elle avait aussi décidé de le prouver très fort. Une semaine après avoir glissé sur une peau de banane en Italie, l’ambiance avant le coup d’envoi ressemblait à un mélange de “jour de l’an” et de “dernier avertissement” pour Townsend. Et dès la première minute, Tuipulotu annonce la couleur avec un petit coup de pied rasant qui met déjà l’Angleterre en mode “où est la sortie ?”.
La presse et les comptes rendus côté écossais racontent surtout un début de match façon rouleau compresseur sous kilt : pénalité de Russell plein axe, puis séquence au large qui finit par faire craquer Arundell (jaune), et derrière l’Écosse choisit le bon menu : touche, lancement propre, et Russell qui sort un tap-pass de magicien pour envoyer Huw Jones à l’essai. Là, tu sens le Murrayfield qui se transforme en chaudron… et l’Angleterre qui commence à manger son gazon.
Ensuite, le récit écossais insiste sur ce qui avait manqué à Rome : la clarté et la précision dans les zones de combat. La touche refonctionne, les sorties de ruck sont propres, et surtout l’Écosse joue vite, loin du trafic, pour étirer la défense. Sur l’essai de Ritchie, c’est presque caricatural : gros lancement, Steyn qui casse des plaquages, puis Tuipulotu qui envoie une passe longue comme un jour sans pluie à Édimbourg, et Ritchie a juste à aller aplatir. C’est du rugby champagne… mais servi dans une pinte.
Même quand l’Angleterre revient un peu (essai d’Arundell, puis points au pied), la lecture écossaise reste la même : “on avait les clés”. Et elle souligne deux tournants qui sentent la biscotte bien chaude : Arundell reprend un deuxième jaune (donc 20 minutes dehors), et surtout le cadeau emballé par Ellis Genge sur le jeu au pied de Russell qui permet à Ben White de ramasser et marquer. Dans les papiers, c’est typiquement le moment où l’adversaire se met tout seul dans la boîte à gifles.
Le match se “plie” vraiment sur l’action signature : Ford se met en position de drop, Matt Fagerson lui charge ça comme un pilier affamé, et Jones file au bout pour son doublé. Côté écossais, on raconte ça comme le symbole parfait : agressivité en défense, lecture, et derrière, la finition qui fait parler la poudre. Même les moments plus nerveux (série longue anglaise, pénalité “off feet”, etc.) passent pour de la gestion : on serre les boulons, on se fait un peu peur pour le folklore, mais globalement on tient la baraque.
Sur les joueurs, le refrain est limpide : Russell en chef d’orchestre sur la première mi-temps, Jones en serial-marqueur contre l’Angleterre, Steyn partout, et un banc (Millar Mills, Matt Fagerson) qui a mis de l’impact quand il fallait remettre un coup de casque. Il y a bien eu quelques soucis en mêlée, mais l’ensemble est vendu comme un match “vintage” : intense, propre, et surtout impitoyable dans les moments clés.
Le match vu par l’Angleterre
Côté anglais, la lecture est beaucoup moins “poésie” et beaucoup plus “autopsie”. Le mot qui revient, c’est le départ raté : 17-0 en un quart d’heure, et une sensation d’avoir passé les 20 premières minutes à courir derrière un bus… en chaussons. Steve Borthwick ne tourne pas autour du ruck : il parle d’une énorme déception sur ce premier tiers-temps, et surtout du fait d’avoir joué longtemps à 14, ce qui a ouvert des boulevards sur les extérieurs quand l’aile manquait. En clair : l’Écosse a envoyé du jeu, et l’Angleterre a subi la marée.
La presse anglaise (et les analyses britanniques) s’attarde forcément sur la discipline : Arundell prend un premier jaune, puis un deuxième pour un contact en l’air sur Steyn, ce qui finit en 20-minute red. Et à ce niveau-là, même si tu as un banc XXL, tu ne peux pas distribuer des pénalités comme des flyers et espérer que ça passe crème. Le récit insiste aussi sur les erreurs “bêtes” qui coûtent cher : le ballon cafouillé par Genge sur le petit coup de pied de Russell, c’est le genre de détail qui transforme un retour possible en “merci, au revoir”.
Tactiquement, l’Angleterre a quand même eu des séquences : quelques pénalités de Ford, un essai d’Arundell sur une passe bien temporisée, et une pression plus cohérente au retour des vestiaires. Mais là encore, la lecture “rose” est cruelle : à chaque fois que ça ressemblait à un réveil, l’Écosse trouvait un moyen de snuffer l’élan — un grattage, un arrêt près de la ligne, ou le gros tournant du drop contré qui finit au fond. Même la dernière banderille de Ben Earl, tardive, est racontée comme un lot de consolation plus que comme un vrai momentum.
Sur les individualités, le ton est contrasté : Ford est souvent cité pour avoir au moins mis l’équipe dans le bon sens par séquences (points au pied, timing sur l’essai), Itoje reconnaît un “tough day at the office” et le besoin d’être plus précis, mais Arundell cristallise forcément l’histoire du match côté anglais. Et Borthwick, lui, glisse aussi une phrase qui en dit long : il s’attendait à une Écosse chargée d’émotion, “qui a joué pour Gregor”. Sous-entendu : on savait que ça allait piquer… on n’a juste pas mis les gants assez vite.
Au final, l’Angleterre raconte une défaite d’exécution et de discipline plus qu’un problème de niveau pur : pas assez précise, pas assez propre dans les moments chauds, trop souvent en infériorité, et punie par une Écosse opportuniste. L’Écosse raconte une masterclass d’intensité et de vitesse. Même match, deux mondes : d’un côté, “on a remis l’Écosse sur les rails”, de l’autre, “on s’est mis nous-mêmes sur la voie de garage”.
Match
- Score final : Écosse 31 – 20 Angleterre
- Date : 14 février 2026
- Stade / ville : Murrayfield, Édimbourg
- Compétition : Tournoi des Six Nations 2026